
Synopsis : Mikael Blomkvist est contacté par un gros industriel pour relancer une enquête abandonnée depuis quarante ans. Dans le huis clos d'une île, Harriet, la petite nièce de Henrik Vanger a disparu, probablement assassinée, et quelqu'un se fait un malin plaisir de le lui rappeler à chacun de ses anniversaires. Secondé par Lisbeth Salander, jeune femme rebelle et écorchée vive, placée sous contrôle social mais hackeuse hors pair, Mikael Blomkvist, cassé par un procès en diffamation qu'il vient de perdre, se plonge sans espoir dans les documents cent fois examinés, jusqu'au jour où une intuition lui fait reprendre un dossier. Cinq noms, cinq numéros auxquels Lisbeth Salander va trouver la signification qui avait échappé à tout le monde pendant un quart de siècle. Suivant les méandres des haines familiales et des scandales financiers, l'enquête ne fait que commencer...
NAZIS, VIOLS, MEURTRES
ET PLUS SI AFFINITES

Comme tout le monde le sait, chaque best-seller adapté trop tôt au cinéma n'est jamais un bon film, mais une simple mise en images bâclée aux fades saveurs commerciales (Twilight, Da Vinci Code, etc). Avec Millénium, c'est la Suède qui, malgré l'importance qu'on lui porte dans le monde du cinéma, s'abaisse à vendre un nanar fumeux et perd toute la crédibilité et la force de description des architectures, des mouvements collectifs en société et de la morosité urbaine que certaines oeuvres ont si bien rendues à l'écran. C'est ce qui rend le cinéma nordique passionnant ; sa liaison directe avec le réel, que ce soit dans un thriller - Jar City - ou dans une comédie délurée - Back Soon - . Mais de tout cela, Millénium ne garde que l'austérité, la froideur et l'inconfort, sans rien rajouter derrière. Quel malheur de voir que même les blockbusters nordiques sont congelés, frigorifiés par cette fascination morbide pour les meurtres d'adolescents et les viols sur fond de lumières grésillantes.

Et surtout, quel malheur de voir qu'il n'y a même pas une intrigue qui tient dans ce grotesque défilé de noms suspects sur fond de religion et de national-socialisme. Les rebondissements tombent comme des mouches, et le montage à l'arrache essaye de nous faire avaler que tout cela est possible ; mais cette enquête est terriblement improbable, trouée d'incohérences en tous genres. La seule chose que le film sache faire avec un minimum d'efficacité est de choquer : une scène de viol crade vient troubler la perception habituelle du public. Mais on aurait préféré que cela reste du bon cinéma ; pour signifier l'horreur ultime de la scène, la caméra tremblote prétentieusement, l'air de créer quelquechose de glauque et de vomitif. Tout cela est finalement gratuit, et annihile tout impact ; le grain rugueux du filmage adopté dans une grande majorité de films nordiques disparaît au profit d'une image lisse et photographiée à l'américaine (mais malheureusement pas en adéquation avec les décors), pauvrement esthétique et d'un mauvais goût perturbant.

La musique, incessante, comble les fossés infranchissables du script, appuyé avec une lourdeur éléphantesque, et finit par nous assommer dans les scènes de violence malsaines. Les vingt dernières minutes finissent même par ressembler à une partie de Cluedo nazi tout ce qu'il y a de plus sympathique, tandis que nos deux héros - ridicules, malgré l'interprétation assumée de Noomi Rapace - s'envoient en l'air à -15 pour faire de beaux rêves. C'est cela qu'aime le réalisateur, quelques scènes choquantes et surtout ridicules de lourdeur, l'insistance agaçante sur le viol (présent en tant que divertissement morbide et non pas comme thématique).

C'est ainsi que Lisbeth, sorte de gothique aux séquelles visiblement marquées, enfonce en guise de répartie un godemichet dans l'anus de son violeur, après qu'il l'a sodomisée avec joie et bonne humeur, la rendant ainsi boîteuse en rentrant chez elle. Questionnement certainement plus palpitant que le reste de l'enquête dont on se fout royalement, on finit par se demander si, le rectum détruit, le mâle finira par marcher normalement? Le film ne nous le dit pas mais nous révèle, à la place, le nom du tueur. Ce qui, au fond, a aussi peu d'importance.

MILLENIUM, le film (Suède)
De : Niels Arden Oplev
Avec : Michael Nyqvist, Noomi Rapace, Peter Haber...
Sortie France le 13 Mai 2009 (nombre de copies indéterminé)
