Voici enfin venu le bilan d'une année riche (elles le sont toutes!), plombée par d'immenses déceptions et aérée par de belles surprises, ainsi qu'une dizaine de grands films immanquables que voici réunis en-dessous (sur 181 vus cette année en salles) :
20) THE GHOST-WRITER de Roman Polanski
Un thriller machiavélique signé par un maître de la mise en scène, toute en camouflage et en apparences. La force que déploie le film ne se sent réellement que longtemps après la projection, comme s'il était impossible de se débarrasser de ce récit aux échos politiques ultra-contemporains...

19) TOURNEE de Mathieu Amalric
Fantaisie humaine et onirique entre Fellini et Bob Fosse, Amalric signe une oeuvre emplie de générosité et de muses magnifiques... Un spectacle vivifiant.

18) GREEN ZONE de Paul Greengrass
Film critique d'un monde dégénerescent, Green Zone est l'un des films post-11 Septembre les plus crédibles à avoir été fait à ce jour, d'un point de vue artistique (ce que le langage de cinéma peut créer face à la multitude de mouvement) et moral (cynisme d'un récit d'opéra basé entre les pachas américains et les véritables soldats en guerre... contre leur propre camp).

17) CARLOS de Olivier Assayas
Epopée âpre d'un terroriste insaisissable, Asayas signe sa première oeuvre d'envergure budgétaire pour un résultat inattendu, entre le film d'auteur rigoureux et l'anti-psychologie : un monument qui opère par blocs d'intensité, révélant au passage un immense comédien, Edgar Ramirez.

16) MAMMUTH de G. Kervern et B. Delépine
Ôde aux gens de peu, à la France profonde et lyrisme des bas-fonds, le tandem Kervern-Delépine réalise enfin un film d'exception, décalé, audacieux dans ses jeux sur les formats, drôle et émouvant comme un souvenir graveleux.

15) LES AMOURS IMAGINAIRES de Xavier Dolan
Bric-à-brac de couleurs et de vintage kitsch, le nouvel objet de mode de Xavier Dolan est une ôde à la beauté cinématographique, un voyage wahrolien au coeur de l'amour dérisoire. Pédant, stylé, jouissif!

14) VOUS ALLEZ RENCONTRER UN BEL ET SOMBRE INCONNU de Woody Allen
La nouvelle comédie du maître de la comédie, toujours profonde de légèreté, de tons jazzy et d'existentialisme séduisant. Et plus Allen vieillit, plus ses films sont déchirants sour leur brillante facade, et plus ils sont meilleurs.

13) SOUL KITCHEN de Fatih Akin
Gastronomie, alcool, sexe, juke-box démente, peinture générationnelle ; goûtez donc aux joies simples de la Soul Kitchen!

12) A SERIOUS MAN de Joel et Ethan Coen
Une fable judaïque déjantée, piquée d'humour noir et d'existentialisme ; une confusion des genres, des styles, des narrations, pour un résultat foisonnant et créatif.

11) SHUTTER ISLAND de Martin Scorsese
Une plongée dans la démence d'un homme piégé entre folie et réalité. Shutter Island est le produit d'un fou de cinéma maître de tout son art, et qui prend son pied à nous perdre dans les tréfonds de l'être humain ; un film magistral qui hante pour très longtemps.

10) CHLOE de Atom Egoyan
Pourquoi au-dessus de Shutter Island? Car si le premier film américain de l'inégal Atom Egoyan n'en a pas l'air, il s'agit pourtant bel et bien du récit d'une démence identitaire, cette fois porté avec un érotisme et un trouble de mise en scène d'une discrétion enivrante, proche du Lynch période Mulholland Drive. Et le duo d'actrices, exceptionnel.

9) RABIA de Sebastian Cordero
La folie, élue thématique de l'année ; encore un grand film, malheureusement passé inaperçu lors de sa sortie en salles à cause d'une distribution très faible, et ce malgré le soutien à la production de Guillermo Del Toro. Histoire d'amour à mort, Rabia est l'un des plus gros chocs émotionnels de l'année, un véritable coup de maître parfaitement inattendu.

8) DES HOMMES ET DES DIEUX de Xavier Beauvois
L'oeuvre incandescente d'un prodige filmique qui renoue avec les traditions d'une science proche de Dreyer, pour atteindre l'émotion impalpable de la foi et de la beauté humaine, tous horizons confondus.

7) TOY STORY 3 de Lee Unkrich (studios Pixar)
Du début à la fin l'émerveillement est total : la prouesse technique élève le niveau à un point jamais atteint en terme d'animation, les textures sont splendides, l'humanité rendue aux jouets est poignante, le discours sur l'abandon de l'enfance et le temps qui passe est rayonnant dans sa manière d'atteindre enfants et adultes avec une simplicité toute évidente. Un coup de coeur!

6) MOTHER de Bong Joon-Ho
Le thriller d'exception d'un des cinéastes les plus talentueux du cinéma mondial ; la preuve d'une maturité et d'une puissance formelle assez ahurissante, brisant les codes du genre sans honte, et hissant à un niveau d'inventivité et de raison assez haut le cinéma contemporain déjà très développé de la Corée du Sud.

5) VENUS NOIRE de Abdellatif Kechiche
Aux antipodes du film historique, Kechiche signe de nouveau une fresque intimiste dérangeante, extrême et radicale sur l'exhibition et la surexploitation de la différence physique et raciale. Un plaidoyer en forme de pensée cinématographique pour la liberté humaine. Un électrochoc.

4) THE KILLER INSIDE ME de Michael Winterbottom
Une descente aux enfers filmée avec l'aridité des vieux films noirs de l'âge d'or, matînée d'un geste de mise en scène contemporaine et décisive dans sa représentation volontairement empathique d'un tueur fou. Un film noir comme la nuit, violent et élégiaque, pesant, suant de grandeur et de maîtrise. Du grand art.

3) LEBANON de Samuel Maoz
Lion d'Or en 2009, ce premier film israélien est l'oeuvre inoubliable d'un homme hanté par ses propres démons, d'un cinéaste qui n'a jamais pu oublier la guerre, sa victimisation et sa culpabilité. Huis-clos quasi-métaphysique, magma terrible de tension psychologique, Lebanon est aussi bien du théâtre que du cinéma, un tableau autant qu'une musique, un peu de tout tant qu'il s'agit de dire le besoin d'une trêve, le besoin de paix.

2) A SINGLE MAN de Tom Ford
Parce que très rares sont les films où l'on sent la texture de la fumée d'une cigarette, où les regards existent, où le grain de la peau a une vie, une vérité, où chaque détail, chaque geste est beau dans sa spontanéité et dans son esthétisme. En réalité, A single man, c'est Mort à Venise rayonnant sous le mythe de l'Amérique des possibles et des regrets, celle sans âge des années folles. Avec un arrière-goût d'amour, de mort, d'infini, de perfection.

1) BRIGHT STAR de Jane Campion
Pour le désir palpitant, les coeurs qui battent, la contamination amoureuse qui creusent et désossent petit à petit deux personnages ancrés dans le romantisme élancé. Une plénitude de style retraduite avec passion et une simplicité formelle qui font de ce film un miracle, sans aucun doute la plus belle oeuvre de Campion, et l'un des films majeurs de cette décennie.

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Il ne fallait pas les manquer (pour leur singularité, leur poésie, leur maîtrise... ou un simple plaisir coupable!) :
HAPPY FEW de Antony Cordier
THE SOCIAL NETWORK de David Fincher
FANTASTIC MR. FOX de Wes Anderson
TAMARA DREWE de Stephen Frears
DOG POUND de Kim Chapiron
POSSESSED de Lee Yong-Ju
SCOTT PILGRIM vs. THE WORLD de Edgar Wright
LOLA de Brillante Mendoza
BURIED de Rodrigo Cortés
THE TOWN de Ben Affleck
AIR DOLL de Hirokazu Kore-Eda
INCEPTION de Christopher Nolan
PIRANHA 3D de Alexandre Aja
ENTER THE VOID de Gaspar Noé
OUTRAGE de Takeshi Kitano
BAD LIEUTENANT : Escale à la Nouvelle-Orléans de Werner Herzog
ONCLE BOONMEE, Celui qui se souvient de ses vies antérieures de Apichatpong Weerasethakul
LES MAINS LIBRES de Brigitte Sy
BIUTIFUL de Alejandro Gonzalez Inarritu
KICK-ASS de Matthew Vaughn
LES YEUX DE JULIA de Guillem Morales
THE AMERICAN de Anton Corbijn
La scène d'ouverture de RUBBER de Quentin Dupieux
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