Synopsis : Le quotidien des policiers de la BPM (Brigade de Protection des Mineurs) ce sont les gardes à vue de pédophiles, les arrestations de pickpockets mineurs mais aussi la pause déjeuner où l’on se raconte ses problèmes de couple ; ce sont les auditions de parents maltraitants, les dépositions des enfants, les dérives de la sexualité chez les adolescents, mais aussi la solidarité entre collègues et les fous rires incontrôlables dans les moments les plus impensables ; c’est savoir que le pire existe, et tenter de faire avec… Comment ces policiers parviennent-ils à trouver l’équilibre entre leurs vies privées et la réalité à laquelle ils sont confrontés, tous les jours ? Fred, l’écorché du groupe, aura du mal à supporter le regard de Melissa, mandatée par le ministère de l’intérieur pour réaliser un livre de photos sur cette brigade.

APPRENDRE A CRIER

Joey Starr & Maïwenn. Mars Distribution

Véritable genre à part, le 'docu-fiction glamour' est en train de gravir les marches du succès public assuré. Tout comme Les bureaux de Dieu de Claire Simon, justifiant sa sortie en salles par une pléiade de stars (le film, certes pédagogique, n'en demeure pas moins un outil primaire pour les enseignants au collège et lycée), Polisse effectue une démarche semblable. Aujourd'hui, le quotidien de la Brigade des mineurs. Sans avoir la sensation d'en apprendre plus qu'un vulgaire reportage de télévision (c'est pas tous les jours facile mais, ils sont humains!), Maïwenn aligne une succession de séquences anti-cinématographiques (par la mise en scène autant que par l'absence de fil conducteur) qui, pourtant, prennent un sens car, magie, c'est Maïwenn. Pas besoin de connaître son passé pour comprendre que ce sujet, elle veut le posséder car il la concerne, tout comme le reste du monde se doit d'ouvrir les yeux face à l'horreur dissimulée de la pédophilie, prostitution, racket et autres éternels problèmes de la vie courante. Sans masque, et souvent avec une insolence très énervante qui en fait une petite Dame Justice, elle ouvre ici les portes de cette police de l'enfance et donne à voir les coulisses de ses héros abîmés.

Karin Viard. Mars Distribution

Polisse, comme les deux précédents films de Maïwenn, est indéniablement fort, mais aussi très agaçant. Sa manière de mettre les pieds dans le plat est la solution à tous ses problèmes car, de toute façon, toutes les séquences moyennement défendables se verront quand même étiquettées de courageuses puisqu'elles forment un ensemble et une démarche finalement plus populaire qu'il n'y paraît, donc indiscutable : un peu de réalisme sordide, un sens du rythme décoiffant et le spectateur est dans la poche. Mais en effet comment ne pas se sentir gêner d'être devant le film lorsqu'elle chorégraphie la joie d'enfants roumains dans un bus de la polisse, tout juste arrachés à leurs parents (qui sont méchants donc, désormais tout va bien)? Comment ne pas soupirer face au montage parallèle de la scène finale (gymnastique-suicide)? Ou encore, comment accepter la simple idée que Maïwenn met en scène son propre dîner de famille avec le père (qui semble étrangement réintégré depuis Pardonnez-moi...), le grand-père, la demi-soeur et son Joey Starr? Les limites sont souvent atteintes en 2h10 de film, et c'est aussi ce culot qui fait le sel du film. Le simple fait de s'accorder la place de la photographe dans cette brigade tient tellement d'un rapport symbolique ultra-enfantin voire narcissique qu'il prête à rire, mais Maïwenn ose afficher l'audace du metteur en scène face caméra, en gros plan. Quitte à ce qu'elle n'ait strictement rien à jouer. C'est comme ça que Polisse tient et se pose comme un film sur la question de l'indifférence ; son sujet, grave et révoltant, son ton à double tranchant, drôle et émouvant, et le baratin de son auteur sont trois éléments assurant l'effet de secousse.

Maïwenn. Mars Distribution

Polisse n'a rien d'un film choc car à vrai dire il se sert uniquement des dossiers aberrants et des contrastes entre vie professionnelle et vie privée pour assurer l'artifice massif. En revanche on peut aller plus loin et saluer l'égocentrisme de son auteur qui, clairement, n'a pas refusé de se faire détester et adorer à la fois. Il y a de l'auto-dérision dans ce film, qu'il s'agisse du sujet et de l'écho qu'il trouve auprès de Maïwenn elle-même, ou bien cette manière d'être la dictatrice absolue de son propre cinéma : derrière la caméra, devant la caméra, devant en couple, devant en famille, puis, le comble, devant en metteur en scène. Cette faculté à transcender ses propres défauts en les offrant sans fard au public donne à Polisse une bonne première raison d'exister, au point que l'on parvient à se délecter de cet humour ravageur qui est le sien et qui la met en cause. Il y a aussi pour sa défense, et je le dis car cela me semble vrai et qu'il est trop bien vu de dire du mal de quelques figures du cinéma comme la sienne, par pur souci d'opposition à l'unanimité ambiante, il y a donc un art du dialogue, et un art de la direction d'acteurs, autrement dit un art de la secousse, de l'énergie absolue. Il est clair que Polisse, film-électrique, ne repose que là-dessus et qu'il est parfois difficile de prendre l'avalanche de mauvais goût au sérieux, et en même temps, effrontée et combattive, douée pour tenir sur ses jambes, Maïwenn se défend contre l'ennemi (du cinéma et de la vie, du passé et du présent) jusqu'à n'être qu'une boule de rage dénuée d'autre talent que celui de savoir crier très fort. Et parfois, ce talent, quand il hurle sans se soucier d'être beau, peut faire du bien.

Emmanuelle Bercot, Karin Viard et Marina Foïs. Mars Distribution

POLISSE     (France)

PRIX DU JURY - Cannes 2011

De : Maïwenn

Avec : Maïwenn, Joey Starr, Karin Viard...

Sortie France le 19 Octobre 2011

(699 copies en 4ème semaine)